Si les chemins menant à l’édition sont variés, un certain nombre de paramètres se retrouve parfois d’une aventure à l’autre. Aujourd’hui, et depuis quelques années, si les initiatives se multiplient, elles ne se ressemblent heureusement pas systématiquement. Toujours est-il qu’un grand écart existe entre les arrivistes suintant la recherche de profit et les « élevés à l’huile de coude », qui trempent depuis des années dans le grand bain de la bande dessinée. Entre ces deux extrêmes, toutes les combinaisons sont possibles, et il suffira d’un peu de motivation pour s’amuser à définir les profils des différents acteurs de ce qu’il faut bien appeler un « champ des industries culturelles » (merci Pierre Bourdieu).
The Hoochie Coochie se situe sans ambiguité dans la dernière catégorie.
En janvier 2002, Tarabiscouille et Gotpower proposent au Festival d’Angoulême le Turkey Magazine n°1, deux mois seulement avant le Turkey Comix n°1, premier d’une série d’ouvrages collectifs dont le numéro 16 paraît début 2008.
Dès le premier numéro, on trouve un certain nombre de jeunes auteurs, qui, s’ils quitteront pour certain le giron de notre maison bien-aimée, n’en continueront pas moins à sévir dans le petit monde de l’auto-édition (Guillaume Soulatges sera à l’origine de Stratégie Alimentaire, Gérald Auclin fondera son Dame Pipi Comix, Freddo, Minou et Rod monteront quant à eux Méninge à trois). 5 ans plus tard, alors que The Hoochie Coochie s’engage sur la voie d’une certaine professionnalisation (qui va de pair avec l’ambition nouvelle de certains de ses auteurs), on retrouve sur la couverture des premiers livres les noms des auteurs « originels » : Gotpower, Tarabiscouille, Gérald Auclin, et bientôt Zéphirin Zéfirelli et Bijne. Qu’on ne vienne donc pas nous parler d’arrivisme. Durant l’intervalle, outre bien sûr les progrès constants dans la pratique de la bande dessinée, on aura pu remarquer une évolution vers une fabrication des livres de plus en plus soignée. D’abord tout en photocopie, les Turkey Comix s’enrichiront bientôt d’une couverture linogravée (à la main, mesdames et messieurs) avec un court interlude sérigraphique. Le vice sera poussé jusqu’à la reliure cousue main des numéros 13, 14 et 15.
L’utilisation de la linogravure est conservée jusqu’aux livres qui arrivent aujourd’hui, preuve que de ce côté de l’édition on n’a pas peur de transpirer quand il s’agit de faire du beau.
Au fur et à mesure de son existence, Hoochie Coochie aura accueilli au sein de Turkey Comix nombre d’auteurs débutants ou confirmés, aura « produit » livres et projets personnels, aura joyeusement partouzé avec quelques fanzines amis et aura ouvert ses yeux et ses pages à un au-delà de nos frontières (deux des premières publications, Jamestown et Francis Bear, en témoignent d’une éclatante manière). Ceci sans parler des expérimentations musicales vulgaires et décadentes auxquelles se sont livrés plusieurs de ses membres au sein de Chibre On Fire.

Enfin, le tableau ne serait complet sans l’évocation des expériences narrativo-graphiques que les curieux auront peut-être croisé à Angoulême notamment, au théâtre lors des collaborations aux performances publiques de Wall-Strip ou encore sur les murs de la Maison des peuples et de la paix (Outripo). Et preuve que la recherche ne se porte pas si mal, The Hoochie Coochie annonce la livraison d’une grande exposition ludique PivoMino pour 2008.